La chute ne tient qu'à un fil.pdf 1648558407 La chute ne tient qu'à un fil « Ce soir, dans votre ville, sous vos yeux brillants et dans vos cœurs qui palpitent, une étoile va naître. » Court silence. Suivi d'une slave d'applaudissement. Des coulisses, je tente de reporter mon angoisse sur l'ongle de mon index droit. En vain. Plus qu'une poignée de seconde et ce sera mon tour d'entrer sur la piste. Comment, dans ces circonstances, empêcher mes mains de trembler, mon propre cœur de s'emballer et mes yeux de devenir humides ? Cela fait si longtemps que j'attends ce moment ! Enfin, la musique monte crescendo et les projecteurs s'éteignent sur la scène, pour se rallumer. Dans les airs. J'esquisse un pas en avant. Malgré le noir total qui entoure les gradins, je devine que les spectateurs sont venus nombreux. J'entends leurs respirations et leurs murmures discrets. Je sens leur légère angoisse, pourtant si éloignée de la mienne. Ce soir, je joue ma carrière. Ma vie. Eux, que jouent-ils ? Rien. Ils regardent la scène se dérouler sous leurs yeux. Ils sont précisément les spectateurs. Les observateurs du spectacle. Tel est leur rôle. Et le mien ? À présent sous la lumière des projecteurs, j'exécute un pas de danse qui me mène au centre de la scène. Lentement, dans le rythme léger, presque muet de la musique, le trapèze descend. Il oscille de droite à gauche, comme le balancier de la vie hésite entre la vie et la mort. L'équilibre est la clef qui me maintient en vie. Je me penche en arrière, arque mon dos dans une courbe que je sais gracieuse et mes doigts effleurent enfin le bois du trapèze. Mais je ne le saisis pas. Pas encore. Au contraire, je me redresse doucement sur un accord de violon plus soutenu et exécute une roue qui m'éloigne du balancier. J'inspire à fond, davantage par acquis de conscience que par réelle nécessité, fais quelques pas et soulève mon corps d'un bond énergique. Je glisse entre les deux cordes du trapèze, frôle la barre en bois, et me reçois souplement de l'autre côté sous les applaudissements du public. Mon cœur bat normalement à présent, toute forme d'angoisse m'ayant quittée. Je me sens vivre pleinement. J'en ai presque oublié l'enjeu de ma prestation. Le trapèze revient vers moi. Cette fois, je l'empoigne et fais mine de le laisser m'entraîner. Je cours derrière lui et, arrivée au sommet de l'arc qu'il décrit, je m'envole. Mes bras me hissent sans difficulté sur la barre transversale sur laquelle mes pieds se posent sans crainte. Le trapèze s'élève légèrement. Un mètre me sépare à présent du sol. La musique s'est légèrement accélérée. En pleine possession de mon corps, je me hisse entre les cordes du trapèze et accomplie quelques